L'Intransigeant and a terrible illness

Notes

1 Alexandre Arnoux, 'Les films à voir: "La patrouille de l'aube" ', L'Intransigeant, 14.2.31, p.6.

2 Nino Frank, Petit Cinéma sentimental, p.62. Also see pp.76-77 for his reactions to important actors of the day.

3 Jean George Auriol in 'Une enquête de "Pour Vous": Vérité? Réalisme ou convention?', Pour Vous, no.154, 29.10.31, p.11. Auriol's name was a pseudonym, spelt (he insisted) Jean George, without hyphen or final 's'. This preferred spelling was often disregarded by other writers and editors.

4 Nino Frank, 'Des films pour rire et des films vrais', L'Intransigeant, 31.10.31, p.6.

5 Jean George Auriol, 'Regard sur l'année cinématographique 1931', Pour Vous, no.163, 31.12.31, p.3.

6 Nino Frank, 'Nouvelle année', L'Intransigeant, 2.1.32, p.6.

7 Nino Frank, 'Quand Fantômas se repose...', L'Intransigeant, 9.1.32, p.6.

8 Nino Frank, 'Interviews apocryphes: Mary Pickford et Gloria Swanson à l'œuvre', Cinémagazine, no.1932-2, p.15.

9 Nino Frank, 'Interviews apocryphes: Une soirée chez Marlène Dietrich avec Sternberg', L'Image, no.29, September 1932, pp.23-25.

10 Nino Frank, 'L'âne, la girafe et Brigitte Helm', L'Intransigeant, 25.3.33, p.8; and Nino Frank, 'Nuits de Cristal', Mémoire brisée, pp.229-243. (It is not clear whether this title was a deliberate elision of the Reichstag fire and the 1938 Kristallnacht, or whether it was an error of memory over thirty years later.)

11 Nino Frank, 'Le cinéma sous le signe de la croix gammée', L'Intransigeant, 25.3.33, p.6.

12 Nino Frank, 'En temps de révolution: Berlin Cinéma', L'Image, no.57, April 1933, pp.11-12.

13 Nino Frank, 'Ce qui se passa après..."Le Testament du Dr. Mabuse" ', L'Image, no.63, May 1933.

14 Nino Frank, 'Nuits de Cristal', Mémoire brisée, p.243.

15 Nino Frank, Petit cinéma sentimental, p.81.

16 Nino Frank, 'La Femme de la Nuit' (final chapter), Pour Vous, no.316, 6.12.34, p.5.

17 Nino Frank, 'La Femme de la Nuit', Prologue and Chapter I. The complete serialised novel, Pour Vous, nos.304-316, 13.9.34 - 6.12.34, can be found on-line at Cinémathèque de Toulouse.


Original quotations from which translations taken

(numbers match relevant endnotes)

1 Par le scrupule, l'honnêteté, le souci de demeurer vrai et de ne pas romancer une matière qui s'y prêterait aisément, de ne rien accorder au pittoresque facile, ce film se place au premier rang. Howard Hawks, le metteur en scène, a osé n'introduire aucune intrigue, aucune figure féminine, dans son ouvrage; il a fait direct, nu, austère...il a peint des hommes, des sacrifiés volontaires, avec leur fièvre, leurs abattements, leur résignation, leurs sursauts de révolte et même leurs mouvements de peur, avec leur discipline et leur solidarité, avec leurs inimitiés aussi.

2 Ce qui m'intriguait et me bouleversait même, c'était justement ce mélange de grandiose et de sordide, de réalités et de bluff, de génie et de marchandage, de passion et de cynisme. Je commençais à deviner la tare originelle du cinéma, et que mes préventions de naguère pouvaient être aussi légitimes que mon ardeur d'à présent.

3 Et quand on leur offrira un film dont l'esprit, l'atmosphère et les caractères auront été pris dans la vie et transportés sur l'écran par un homme habile, sensible et ayant quelque chose à dire, ils sauront sûrement l'apprécier sans réserve.

4 sur le film littéraire et sur le film du théâtre, l'esprit français s'est imposé au monde sous deux formes bien caractérisées: l'œuvre gaie ou joviale, d'un comique sûr mais qui part de l'observation de l'homme et de sa vie; l'œuvre large et dramatique, où rien n'est stylisé, mais où les couleurs, sombres ou fantasques, de l'humain sont scrupuleusement respectées. De Molière à Courteline, de La Bruyère à Balzac, là est la voie royale de l'esprit français, qui sait répudier et la fiction doucereuse des Anglo-Saxons et le tragique sans mesure des Allemands ou des Scandinaves. Or, des metteurs en scène comme Jacques Feyder et René Clair, pour ne citer que les têtes de file, s'insèrent magnifiquement dans cette tradition... Que les producteurs redoublent de bonne volonté: des films comiques, oui, mais qui fassent rire pour de bon, sans avoir recours aux blagues faciles; et surtout des films vrais, où l'on ne sacrifie plus à l'optimisme de commande des scénaristes d'Hollywood.

5 ...on se rend compte que les spectateurs ne se laissent plus faire. Depuis pas mal de temps déjà, il arrive qu'un film, réellement par trop scandaleux par sa sottise ou par trop ennuyeux ou ridicule, suscite des protestations dans le public....Aujourd'hui, c'est très net: quand un film est mauvais, tout le monde s'en aperçoit, on le dit à la sortie et la recette s'en ressent.

6 ...les salles parisiennes qui donnent de bons programmes continuent à renvoyer du monde..
Les salles qui donnent de bons programmes. Soulignons cette phrase. Notre collaborateur Jean-Georges Auriol le dit fort bien dans l'article qu'il a donné à Pour Vous, au sujet de l'année cinématographique qui vient de s'achever: le public commence à rechercher les films de valeur et n'hésite pas à manifester bruyamment son mécontentement.

7 [Vous autres, en France], avez-vous jamais compris la puissance du cinéma? Vous n'y connaissez rien encore. Vous en sous-estimez la force. Vous prenez pour un divertissement ce qui est l'un des éléments sociaux essentiels d'aujourd'hui. Or, que faites-vous? Vous êtes en train de perdre, peu à peu, l'avance que vous avait procurée le "parlant". Dans un an il sera trop tard, car on fera de nouveau de bons films en Amérique...Organisez-vous!

8 Gloria parlait argent et sagesse, et on sait que de ces choses elle a toujours fait l'usage le plus extravagant. Quant à Mary, elle criait qu'elle avait besoin de joie et d'alcool, et on sait que ce sont là le paradis qu'elle se refusera toujours. L'une s'était déchaussée (toujours cette manie de choisir une pointure trop étroite), l'autre se frottait les joues en mettant un certain désordre dans son maquillage. Elles s'acharnaient à dire exactement le contraire de ce qu'on leur fait dire d'habitude. ...Et pourquoi faut-il que l'intelligence soit si peu appréciée en Californie? A telle enseigne qu'il faille la cacher honteusement...

9 Enfin la séduisante vamp se décida à entrer: elle portait un de ces tailleurs discrets, qui seyent à ravir à son aspect maladif. Elle s'assit sur une table, comme dans ses films, prit une cigarette en fixant Dieu sait quels lointains...après dix minutes de conversation...tout son "fatalisme" disparut, elle se mit à rire et à bavarder vite, et si ses yeux n'avaient plus leur charme caractéristique, si ses traits paraissaient enlaidis par cette métamorphose, je m'aperçus qu'en échange sa bonne humeur un peu simplette ressemblait à celle qui anime tant de jeunes femmes dans les "kabarett" bon marché de Berlin..
Il fit un geste imperceptible et du coin de l'œil, je vis que Marlène tirait sa jupe sur ses genoux, découvrant entièrement ses magnifiques jambes immuablement gainées de soie noire.

11 ...tous les autres producteurs, grands et petits, sont étrangers ou juifs, aussi préfèrent-ils s'attendre que le cours des événements se précise...l'exode des metteurs en scène et artistes étrangers devient-il définitif. Ce qui n'est pas pour déplaire aux autorités, sans doute, au nouveau ministre de la "Propagande culturale", le Dr. Goebbels. Le cinéma allemand aux Allemands...et le cinéma, organisation d'Etat, comme en Russie ou en Italie, voilà les deux principes sur lesquels est basée la politique du cinéma allemand, politique qui aura, sans doute, un de ces jours, une doctrine.

12 Car le docteur Goebbels, dictateur de l'Allemagne culturelle, tient à faire correctement son métier, comme Lounatcharski en URSS ou, en Italie, ses collègues fascistes..
Et les étoiles, dans tout cela, que deviendront les jolies étoiles aux cheveux blonds platinés ou aux pardessus "couleur de cinéma"?.
De bonnes petites nationalistes, de bons petits nationalistes: elles et ils ne font pas ça pour s'amuser..
Et toutes nos vedettes réintégreront leurs pénates..
...la doctrine nazi dit qu'il faut tordre le cou aux Juifs, qu'il faut éliminer de partout les étrangers: or, si on ôte au cinéma allemend les israélites et les étrangers, que lui restera-t-il? Songez que, même pour réaliser un film nationaliste comme Morgenrot, les producteurs ont dû avoir recours à un étranger, un Tchécoslovaque, pour préciser: le metteur en scène Ucicky. Et Kurt Bernhardt qui a fait Le Rebelle, autre film revigorant, n'est-il pas juif?

13 La grande idée du Dr. Mabuse, que le Dr. Baum avait adoptée, consistait en ceci: une suite d'actes criminels, organisés avec l'astuce la plus éclatante et exécutés pareillement, devaient engendrer dans la métropole un état de terreur dont les effets ne pouvaient qu'être salutaires; l'excès dans le mal, la destruction systématique, le bouleversement de la vie citadine, devaient avoir pour résultat infaillible le règne du Bien, ce Bien philosophique et avec majuscule, que seuls des psychopathologues déchus peuvent concevoir..
Tu feras souffrir ceux qui ne sont pas de ta religion. Tu te conduiras vis-à-vis d'eux avec brutalité, injustice. Tu les mettras à la porte de ta patrie en confisquant leurs biens: ce sera un moyen de combler notre déficit...Tu prononceras des discours vengeurs et menaçants. Tu feras trembler le monde sur ses bases..
Peut-être, si c'est bien fait, te feras-tu prendre au sérieux, on ne sait jamais.

14 ...ne vous mêlez pas de juger ce qui n'est guère votre affaire. Votre printemps, c'est la mort!

15 ...j'eus subitement, dans un frisson, le sentiment très net qu'un fil cassait.

16 Il faisait presque sombre sur le plateau, mais elle découvrit immédiatement les yeux noirs des cameras. Elle feignit de ne pas les voir, erra dans le studio en chantonnant, et ses yeux cherchaient. Quoi? Elle aperçut enfin un marteau oublié sans doute par un machiniste. Vite, elle le prit, l'air ailleurs, et jeta un regard vers les appareils. Ils n'avaient pas bougé: ils n'avaient pas compris. Alors, elle s'approcha lentement d'eux. Elle leur souriait gentiment et ne brandit le marteau qu'elle cachait derrière son dos, qu'au moment où elle se trouva tout près d'eux; furieusement, elle se mit à taper sur l'objectif, en bégayant des insultes, des flammes dans les prunelles..
L'ennemi. Enfin! L'ennemi mourait. Son ennemi. Celui qui avait fait tout le mal..
Elle vit, dans l'eau, un visage qui la regardait, celui de Max Linder. Il lui souriait. Il l'appela. Elle obéit. Un plongeon.


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