The German Occupation

Notes

1 Nino Frank, 'Avertissement', Le Buveur émerveillé (Paris: Bordas, 1948), p.5.

2 Nino Frank, 'Actualités: Prologue à la guerre', Pour Vous, no.565, 13.9.39, p.13.

3 Nino Frank, 'Actualités', Pour Vous, no.573, 8.11.39, p.13.

4 Jean George Auriol, Letters to Nino Frank, 1.10.39, Fonds Nino Frank, Bibliothèque nationale de France.

5 ibid., 19.10.39.

6 ibid., 10.11.39.

7 Nino Frank, 'Funambulesque interview de Corinne Luchaire', Pour Vous, no.508, 10.8.38, p.3.

8 Marcel Carné, 'Cinéma, vieux frère', Aujourd'hui, no.21, 30.9.40, p.1.

9 Nino Frank, 'La Nouvelle Saison', Les Nouveaux Temps, 1.11.40, p.2.

10 Nino Frank, 'Un comédien allemand dans "Le Maître de poste" ', Les Nouveaux Temps, 15.11.40, p.2.

11 Nino Frank, 'Emil Jannings et Werner Krauss dans "La Lutte héroïque" ', Les Nouveaux Temps, 22.11.40, p.2.

12 ibid. Krauss had starred in the early horror film Das Kabinett des Doktor Caligari, and had become a specialist in elderly, often unpleasant characters.

13 Nino Frank, 'Bas-Fonds', Les Nouveaux Temps, 22.2.41, p.2.

14 ibid.

15 ibid.

16 Approximate English translation: 'In its stark truth, this film lays bare the distress of children abandoned, without a guide, without a defence, without tenderness in their life.'

17 Nino Frank, 'Bas-Fonds', Les Nouveaux Temps, 22.2.41, p.2.

18 Nino Frank, ' "La Fille du puisatier" ', Les Nouveaux Temps, 26.4.41, p.2.

19 Henry de Montherlant, 'Va-t-on laisser mourir la France?', Lectures, no.1, 15.6.41, pp.7-9.

20 Henry de Montherlant, 'Notes du temps présent', La Gerbe, 24.7.41, pp.1 and 9.

21 Nino Frank, 'Pour une inquisition', La Gerbe, 7.8.41.

22 Nino Frank, 'Fabrication en série et "cousu main" ', Les Nouveaux Temps, 30.5.42, p.2.

23 Nino Frank, 'Sur l'écran', Vedettes, no.45, 20.9.41, pp.2, 3.

24 ibid.

25 Nino Frank, 'Sur l'écran', Vedettes, no.57, 13.12.41, p.14.

26 ibid.

27 Nino Frank, ' "La Piste du Nord" ', Les Nouveaux Temps, 21.3.42, p.2.

28 Nino Frank, ' "La Duchesse de Langeais" ', Les Nouveaux Temps, 4.4.42, p.2.

29 Nino Frank, ' "Les Inconnus dans la Maison" ', Les Nouveaux Temps, 23.5.42, p.2.

30 Nino Frank, ' "La Neige sur les Pas" ', Les Nouveaux Temps, 13.6.42, p.2.

31 Nino Frank, Petit Cinéma sentimental (Paris: La Nouvelle Édition), p.127.

32 According to Nino, he himself managed to arrange for Henri Jeanson to work on the dialogue, incognito, since at the time Jeanson was banned by the Germans from all cinema activity. See Petit Cinéma sentimental, p.148. (On the IMDB.com site, Nino is listed as responsible for both adaptation and dialogue.)

33 Petit Cinéma sentimental, p.116.

34 Alexandre Astruc, 'Naissance d'une nouvelle avant-garde: La caméra stylo', L'Écran français, no.144, 30.3.48, p.5.


Original quotations from which translations taken

(numbers match relevant endnotes)

1 Nous n'oublierons jamais ce périple bourguignon, nos derniers beaux jours, ces heures de soleil sur une terre gonflée de richesse, ces nuits remplies d'étoiles et de senteurs, tant de beauté à la veille de tant de malheur...

2 Les faits même parlent pour prouver, sans contestation possible, l'indignité inouïe du peintre en bâtiment illuminé...d'un côté le tragique pantin à croix gammée et ses automates de séides, et de l'autre des peuples troublés, émus, se rendant tout à fait compte de l'importance de l'événement, mais résolus et unis, et aux visages déjà illuminés, par le grand sourire serein du courage et du sentiment de la justice. Pas la moindre forfanterie: simplement le droit qui connaît sa force et saura triompher.

3 Des soldats d'infanterie descendent des premières lignes et croisent un convoi d'artillerie qui y monte ... si les artilleurs, près de leurs pièces, ont les visages graves et un peu tendus des hommes qui se dirigent vers la ligne de feu, les fantassins qui en reviennent, et qui ont vécu des journées de bataille, n'en paraissent pas autrement émus. Leurs sourires ont une qualité émouvante: ces hommes sont rodés, et le rodage ne les a pas troublés. Les ressources de vitalité de la France ne seront pas atteintes de sitôt.

4 Mon cher Nino, combien je me réjouis! Combien je te félicite d'être sur la dunette de notre vieux rafiot. Tu devines et tu sais bien que je serai le dernier à te traiter de profiteur et de lâche ventre...Au moins j'espère que tu jouis d'une suffisante liberté de manœuvre et de mouvement. En revanche, évidemment, la matière est, si l'on peut dire, moins riche qu'en temps normal...

5 Mon cher Nino, je dois t'avouer, étant donné l'amitié que j'ai pour toi que ton geste inconsidéré (ou désespéré, ou dandygue, ou provocant?) m'a ahuri. Où va se nicher la pudeur? ou le romantisme feuilletonnesque des films américains a-t-il fait de toi un grand enfant? Enfin as-tu oublié quelle application, quelle énergie tu as dû mettre pour vaincre une maladie redoutable et qui ne demande qu'à repasser à l'offensive?

6 Ta place est chez Havas...!
Pour ce qui est de la "vie au grand air" qui te grise les cellules cylindraxiles, je te recommande les casements de la ligne, la glaise lorraine, le brouillard du Rhin ou de la Moselle, la neige déjà apparue, et l'atmosphère confinée des états-majors. Je t'en conjure, reviens au cinéma et aux spéculations gratuites. Tu me reconnaîtras cette honnêteté, et cette pudeur.

7 Dernière image de la tragi-comédie: assis sur le pare-choc d'une somptueuse voiture (la vôtre? la mienne? Je ne me souviens plus de ce que nous avions décidé que je dirais), vous deviez simuler le baîllement profond de l'interviewée lassée par la "question": vous aviez mis si peu de vérité dans votre baîllement que je vous en remercie encore...

8 Certes il va falloir t'adapter, abandonner le visage douloureux et crispé d'hier, celui atrocement ridé d'aujourd'hui. A une période de réconstruction doit correspondre le visage positif de l'espoir. Celui de la jeunesse et de la féerie également...
quelque chose de l'émotion contenue d'un Feyder, de l'étincelle passionnée d'un Renoir, de la tendre ironie d'un René Clair, ou de la puissance d'un Duvivier.

9 Cinématographiquement parlant, nous étions condamnés à n'être plus qu'une colonie d'Hollywood, comme si, brusquement, nous avions cessé de faire partie de l'Europe, d'être solidaires de ce continent qui est le nôtre....encore sevrés de films français récents ou nouveaux, nous venons enfin de prendre contact avec quelques-unes des bonnes productions allemandes de ces dernières années.

10 deux films allemands des plus remarquables, Le Maître de poste, de Gustav Ucicky, et La Lutte héroïque, de Hans Steinhoff, où l'on peut applaudir justement Heinrich George, et, d'autre part, Emil Jannings et Werner Krauss....Et, bien que les deux ouvrages méritent des éloges pour leur style et leur composition, l'intérêt qu'on y prend naît en premier lieu de l'interprétation que donnent de leurs rôles ces fameux comédiens.

11 Les trois grands acteurs allemands: Heinrich George, ou la truculente sincérité faite homme; Emil Jannings, ou la machine à faire vrai, mais rien que vrai; Werner Krauss, enfin, ou le maître de l'indéfinissable, du complexe, de l'énigmatique...

12 il y a de tout dans son aspect – du gâtisme, de la sournoiserie, l'inertie profonde de l'homme arrivé et trop âgé, de la férocité, une étonnante dignité, et jusqu'à cet extrême amenuisement physique et moral, qui est le fait de certaines vieillesses trop recroquevillées dans leur gloire. Il paraît impossible de mettre plus de sens dans un rôle et d'aller aussi loin dans l'interprétation, par l'intérieur.

13 Là-dessus, Veit Harlan a greffé de curieux et truculents épisodes.

14 à lui seul, il est tout un ghetto. L'étourdissant comédien!

15 son interprétation du rôle du rabbin Loew, où on sent mieux que l'adresse, plus même que de l'art - la véritable création d'un être terriblement vivant dont il est impossible de perdre le souvenir... celui du rabbin Loew, ruisselant de vieillesse et de criarde sagesse, familier des astres et des accommodements avec Jéhovah, bourru, chancelant, tout en tics, mi-végétal, mi-fantôme.

17 L'Enfer des Anges nous présente une histoire d'enfants abandonnés qu'interprètent d'étonnants petits comédiens, aussi pittoresques, aussi vifs que ceux de la fameuse Rue sans issue et des autres films américains de la même veine: rien de plus sympathique.
  La mort et la solitude devraient être le terme de leur histoire: par la volonté des marchands de pellicule, ce sera la guérison miraculeuse, les fleurs sur le lit à l'hôpital, des hourras, et sans doute la perspective d'un mariage avec beaucoup d'enfants... N'insistons pas.

18 Est-ce du cinéma? Qui se souvient encore de la querelle que certains, voilà quelques années, cherchèrent à Marcel Pagnol? Cet auteur, quittant le théâtre, avait déclaré qu'il se consacrerait désormais au cinématographe; et, en tant qu'auteur dramatique, il affirma l'importance élémentale du texte, allant jusqu'à afficher un certain dédain a l'égard de l'apport particulier des images mouvantes. On l'attaqua, on discuta, on le blâma. Et Marcel Pagnol, entre temps, faisait César, Angèle, hier La Femme du boulanger, aujourd'hui La Fille du puisatier. Dans tous ses films, pourtant, le texte constituait, ainsi que l'avait toujours prétendu Marcel Pagnol, la base de l'œuvre: mais l'auteur s'attachait à animer et à varier les images, comme le plus orthodoxe des metteurs en scène. Et cela faisait d'excellent cinéma, – car cent discussions d'ordre théorique ne valent pas un bon film, et un homme comme Marcel Pagnol ne pouvait pas ne pas réussir de bons films...
  La Fille du puisatier n'est probablement pas un chef-d'œuvre. Mais c'est, tout simplement, une œuvre; et le cinématographe n'en produit guère, dans le monde entier, qui prolongent en nous leur signification, qui nous présentent quelque chose de plus que d'agréables images, qui ennoblissent, pour tout dire, par leur profonde sincérité, l'industrie des caméras et des sunlights....Marcel Pagnol et ses interprètes, on ne saurait les comparer qu'à une force de la nature: le génie de l'auteur atteint cette perfection presque tolstoienne, qui fait qu'il écrit et compose, pour ainsi dire, de plain-pied avec l'humain à l'état pur et intégral.

19 Un organisme protecteur de la qualité humaine française, avec un génie d'intransigeance et de coercition. Une sorte d'inquisition au nom de la qualité humaine française.

20 Faire tout ce qu'il faut pour anéantir l'adversaire. Mais, une fois qu'il a montré que c'était lui qui tenait le bon bout, s'allier du même cœur avec lui.

21 Il y a, par ailleurs, la formation des cadres à surveiller, la création d'un centre d'études, comme celui de Cinecittà, la protection des salles de répertoire et des cinémathèques...Demandera-t-on tout cela à des amiraux et à des bureaucrates?

22 Nous tenons en L.-É. Galey, commissaire du gouvernement au Cinéma, un ami passionné de l'art des images mouvantes, qui a déjà donné des preuves de ses bonnes intentions, qui commence à exercer une action sérieuse en faveur du cinématographe de qualité et dont on peut attendre encore des efforts décisifs pour que le film français soit sauvé.
  "La production de 1941-1942 a été mauvaise. Celle de 1942-1943 sera moins mauvaise. Elle pourrait être bonne si les producteurs mettaient à leur travail plus de conscience et s'entouraient de plus de talents....Combien de producteurs en sont encore à considérer le cinéma comme une manière d'épicerie, qu'on fabrique à la hâte et qu'on débite a la petite semaine...Je ne veux plus qu'il en soit ainsi désormais. J'ai trop confiance en mon pays pour ne pas être sûr que je serai entendu de tous."

23 Décidément, Henri-Georges Clouzot s'impose comme l'un de nos meilleurs scénaristes et comme l'un de nos meilleurs dialoguistes: son talent est souple et riche, son adresse inépuisable...Après être demeuré longtemps absent des studios, il nous revient avec de nouveaux et bons témoignages de savoir-faire...Applaudissons Henri-Georges Clouzot.

24 Georges Lacombe a su lui donner un rythme rapide et entraînant, qui tient le spectateur en haleine et qui respecte scrupuleusement la loi du genre.
  ...Pierre Fresnay en tête, qui, dans un de ces rôles traditionnels de policier flegmatique et gouailleur enchante le spectateur par la richesse de son jeu intérieur, l'humeur de ses attitudes et de son parler.
  ....Suzy Delair, qui, personnifiant une jeune pimbêche, aux reparties rosses, personnage sans doute un peu facile, impose sa ravissante et cocasse autorité.
  ...un ménage français de policiers de cinéma, dans le genre des fameux Myrna Loy et William Powell.
  ...L'on plaint le brave commissaire Wens de ne pas découvrir l'assassin dès le début, ainsi que peut le faire toute personne qui a un peu l'habitude de cette sorte d'ouvrages et des trucs faciles qu'utilisent les auteurs dépourvus d'imagination.

25 cette bonne surprise: un large, un pathétique ouvrage, un film magnifique ...rendons grâce à ceux qui ont pris l'initiative de faire achever sommairement ce film et nous le donner aujourd'hui, dans sa robuste et émouvante simplicité, dans sa vérité.
  ...Rarement, Jean Gabin avait trouvé un rôle qui, autant que le sien dans Remorques, mit aussi nettement en valeur ses meilleures aptitudes...C'est à voir.
  ...l'âme perdue qui apparaît le temps de reprendre espoir, puis s'en va de nouveau, et son innocent pathétique est l'une des plus grandes lumières de ce film,
  ...une femme sans bonheur qui se sacrifie humblement, jusqu'à la mort sans phrases.

26 Te souviens-tu, Jean, de nos vagabondages de village à village, avec cette pièce? Tu as été le premier qui m'a dit, devant nos chopines de Meursault, que Remorques serait un grand et bel ouvrage. Cela devait se passer le 15 août 1939. Dix jours plus tard, tu troquais tes loques du "Buveur émerveillé" pour ton uniforme.

27 on ne voit pas, actuellement, en Europe, un metteur en scène capable de donner un style aussi original et aussi éblouissant à une œuvre d'envergure....malgré les imperfections que l'on y aperçoit, il semble bien que La piste du Nord doive prendre, dans l'œuvre de Jacques Feyder, une place de choix: si elle n'a pas l'élégance et le fini de La Kermesse héroïque, l'âpreté pathétique de Thérèse Raquin ou le dynamisme du Grand Jeu, elle se caractérise par une telle qualité de style, surtout dans sa première partie, une sobriété si magistrale dans le récit mais surtout un contenu moral d'une si pure noblesse, que nous avions perdu l'habitude de trouver dans les œuvres de l'écran, qu'il ne sera point interdit d'y chercher le message spirituel de l'un des rares artistes du cinématographe.

28 ce film est moins une adaptation de la fameuse nouvelle de Balzac, moins une réalisation de Jacques de Baroncelli, qu'une œuvre nouvelle de Jean Giraudoux, une histoire attachante et excitante, comme on en souhaite quelques-unes au cinématographe....[Giraudoux] un prince de l'esprit et du style - un poète. Il semble que, sans la moindre hésitation, on devrait se féliciter avant tout que l'art des images mouvantes et parlantes ait gagné un pareil adepte.
  ...Ainsi, le scénariste, empruntant à Balzac les personnages et le thème, s'est-il trouvé avoir à inventer les péripéties de l'histoire. Reprochera-t-on à Giraudoux d'avoir renoncé à pasticher Balzac pour faire du Giraudoux?....le développement de l'histoire devient beaucoup plus cohérent: si l'apostrophe dans le salon de Mme de Sérizy est un peu trop théâtrale - mais si touchante! – l'intervention de Ronquerolles, à la fin, permet de mieux dessiner la péripétie. L'histoire tient, dans le détail, mieux que chez Balzac.

29 On a fait du cinématographe l'art objectif, voire impersonnel, par excellence, bien qu'en son principe il offrit, mieux que le théâtre, des possibilités d'expression directe à la pensée et à la sensibilité d'un auteur. Ceux qui composent pour l'écran s'effacent scrupuleusement devant leurs personnages, comme si ceux-ci pouvaient jouir d'une existence autonome, ainsi que le prétendaient Unamuno et Pirandello....Considérez pourtant le spectateur de cinéma: ce qu'il demande à l'écran, ce n'est pas une représentation impersonnelle de la réalité, mais une sorte de message humain ou poétique.
  ...l'auteur dramatique, plus mal partagé que son confrère de l'écran, a essayé, de tout temps, de se mêler à ses personnages: le chœur de la tragédie grecque était, initialement, l'expression de la multitude, donc l'annonce de la fatalité, mais il devenait aisément le véhicule de la pensée de l'auteur. Chaque fois qu'un poète a œuvré pour le théâtre, il a introduit sa propre voix.
  ...Ces Inconnus dans la Maison sont loin d'être un chef-d'œuvre: j'ai pourtant vu les spectateurs en suivre les péripéties avec une sorte d'angoisse et applaudir à la fin, avec passion, comme à l'issue d'une incantation.

30 Il retrace à l'écran les épisodes d'un roman de Henry Bordeaux, de l'Académie française; et c'est encore une histoire d'adultère (cette fois-ci le cocu pardonne), car les romanciers bien pensants et académiques sont aussi sensibles que les autres au charme des histoires de couchages extraconjugaux. Ils ont cependant l'avantage de les raconter de telle manière que la censure de Vichy n'y voit que du feu.

31 Je ne jurerais pas que mon envie de quitter définitivement le journalisme ait été étrangère à cet enthousiasme.

33 Pour la première fois...je rencontrais sur mon chemin "l'histoire", – la boucle rigoureusement bouclée, l'anecdote bien charpentée, les faits qui s'enchaînent bien...– et "le conflit", – opposition artificielle entre volontés ou destins, par quoi l'on prétend faire tenir en cent minutes de projection un concentré de la vie. C'est-à-dire, tranchons le mot, l'anti-poésie. Et moi qui me figurais que l'on trouverait dans les pages de Gérard assez de charme, dans les paysages de la Nonette assez de beauté pour impressionner des kilomètres de pellicule! J'avais beau prétendre, comme je le prétends encore, que l'on pourrait faire des films sans "histoire" et sans "conflit", on m'opposait toutes les traditions, qui prouvent le contraire.
  Aujourd'hui, La règle du jeu, Human comedy, Les enfants du paradis, œuvres plus significatives que vingt-cinq ans de films, me fournissent une réponse facile.

34 Ce n'est pas un hasard si de La Règle du jeu de Renoir aux films d'Orson Welles en passant par Les Dames du Bois de Boulogne, tout ce qui dessine les lignes d'un avenir nouveau échappe à une critique à qui, de toute façon, elle ne pouvait pas ne pas échapper. Mais il est significatif que les œuvres qui échappent aux bénissements de la critique soient celles sur lesquelles nous sommes quelques-uns à être d'accord. Nous leur accordons, si vous voulez, un caractère annonciateur.
  ...Le cinéma est en train tout simplement de devenir un moyen d'expression, ce qu'ont été tous les autres arts avant lui, ce qu'ont été en particulier la peinture et le roman...Il devient peu à peu un langage. Un langage, c'est-à-dire une forme dans laquelle et par laquelle un artiste peut exprimer sa pensée, aussi abstraite soit-elle, ou traduire ses obsessions exactement comme il en est aujourd'hui de l'essai ou du roman. C'est pourquoi j'appelle ce nouvel âge du cinéma celui de la Caméra stylo.


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